La Forêt de la Corniche des Forts

Visite de l’extérieur du site, 19 février 2019. Nb : La vraie citation de Victor Hugo est “Le déboisement, ce fils bâtard de la civilisation” !

Il y a quelques mois, alors installée à Pantin, un article de WE Demain attire mon attention : il y aurait une ZAD, une Zone A Défendre, au croisement des villes de Noisy-le-Sec, les Lilas, Romainville et Pantin. A une dizaine de minutes à pieds depuis chez moi, un collectif de riverains plus ou moins proches s’est formé pour s’opposer à l’aménagement d’une forêt naturelle, ancienne carrière de gypse, laissée à l’abandon depuis une soixantaine d’années. Cette forêt dite de la Corniche des Forts est même officiellement interdite d’accès, les sols instables depuis l’exploitation de la carrière risquant de s’effondrer. « Poumon vert » de la région Île-de-France (Le Monde), le site offrirait cependant une valeur écologique « faible à localement moyenne » d’après l’étude d’Ecosphère réalisée en 2001 et financée par la Région Île-de-France. Aujourd’hui, c’est un lieu d’Histoire inaccessible à la population où la nature a repris ses droits.

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Conférence-radio : Grande distribution et système agricole durable

A l’occasion de la Semaine de l’Agriculture Paysanne, une conférence-radio sur la place de la grande distribution dans un système agricole durable.

Avec PAVéS et Radio RapTz, on a reçu Biocoop, Carrefour, la Confédération Paysanne et FAIRE un monde équitable pour en parler.

A écouter en cliquant ici !



PAVéS

La grande distribution a-t-elle sa place dans un système agricole vertueux ?

A l’occasion de la Semaine de l’Agriculture Paysanne à Sciences Po, PAVéS questionne le rôle de la grande distribution et son rôle dans le système agricole.

Les grands magasins peuvent-ils s’intégrer dans un système agricole durable ? Quelles conséquences pour les paysan.ne.s et les consommateur.trice.s ? Comment le mode de distribution influe sur la qualité des produits, leur prix et leur rémunération ?

Pour répondre à nos questions, nous avons reçu :

  • Pierrick De Ronne, vice-président de BIOCOOP,
  • Benoît Soury, directeur du marché BIO chez CARREFOUR,
  • Estelle Dubreuil, chargée de mobilisation chez FAIR[e] un monde équitable,
  • Jean-François Périgné, exploitant agricole, membre du secrétariat national de la Confédération Paysanne.
Emission de radio en public, sur les ondes de Radio RaptZ, 25 mars 2019 à Sciences Po Paris

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Domaine Bini: Interview with a Pioneer in Ecotourism // Entretien avec un pionnier de l’écotourisme

[Français ci-dessous]

Jean-Marc Bini is a pioneer of ecotourism in Ivory Coast. After ten years in Canada, an Ivorian furniture shop and with the certainty of being an entrepreneur, Jean-Marc Bini came back to Ivory Coast to promote his family’s plantations and offer visitors to discover Ivorian traditions and agriculture.  Today, the « Domain Bini » welcomes many visitors every day. On the schedule: welcome ceremony, hike around plantations, Ivorian meal, traditional songs and dance and clay bath.

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Ivorian Cuisine told by an Ivorian woman // La cuisine ivoirienne racontée par une Ivoirienne

[Français ci-dessous]

During my round-the-Web peregrinations, I discovered the blog Jeannette Cuisine dedicated to Ivorian cuisine (and more broadly African cuisine). Eager to learn more about this important part of Ivorian culture, I contacted the writer, passionate about cooking…

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Discovering Ivory Coast main crops // A la découverte des principales cultures ivoiriennes

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Saturday, 9:30am. I meet a few friends at Cap Nord, famous mall in Abidjan, to wait for the small bus that will drive us to the Domaine Bini. It is a 70-hectare eco-touristic site located about an hour away from Abidjan – half-an-hour according to local guides. Schedule: guided tour of the plantations, Ivorian lunch, nap in one of the giant hammocks, clay bath and zip line. A getaway at the heart of a regenerating green setting, far from the noise and heat of Abidjan.

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Ivorian Cocoa // Cacao Ivoirien #3

We leave the plantations to walk back to the village we passed by when we arrived. A farmer gives me a pod which I will bring back to Abidjan. The lunch is in full swing; everyone welcomes us and a few inhabitants talk to me:

“Madam, did you bring chocolate?”

“We produce cocoa but we never eat chocolate.”

This is one of the paradoxes in Ivory Coast: while the country is the first cocoa producer in the world, it only processes 35% of its production. What is left is exported mainly to the Netherlands and to the United States, which are important cocoa processors. The final product is exported again to Ivory Coast and sold at high prices in supermarkets. For a chocolate bar, once would pay between 1500 and 4000 CFA, hardly affordable for someone earning the minimum wage, 60 000 CFA (91 euros). Furthermore, and despite the remarks of the inhabitants of the village, eating chocolate is not part of the Ivorian culture. Nonetheless, the government is pursuing a policy aiming to reach 50% of the cocoa production processed in the country before 2020.

 

Nous quittons les plantations pour revenir au village que nous avons traversé en arrivant. Un planteur me donne une cabosse que je pourrai rapporter et manger à Abidjan. Le déjeuner bat son plein ; tous les habitants nous disent bonjour et plusieurs parmi eux m’interpellent :

« Madame, tu as apporté du chocolat ? »

« Nous, on produit le cacao, mais on ne mange jamais de chocolat. »

C’est l’un des paradoxes de la Côte d’Ivoire : bien que le pays soit le premier producteur de cacao, il ne transforme que 35% de sa production. Le reste est exporté entre autres, vers les Pays-Bas ou les Etats-Unis qui sont d’importants transformateurs de cacao. Une fois le produit fini, il est de nouveau exporté vers la Côte d’Ivoire et vendu à des prix élevés en supermarché. Pour une tablette de chocolat, il faut compter entre 1500 et 4000 CFA, difficilement abordable pour un salaire minimum fixé à 60 000 CFA (soit 91 euros). En outre, et malgré les remarques des habitants du village, il n’est pas dans la culture du pays de manger du chocolat. Le gouvernement ivoirien mène néanmoins une politique de développement de la filière de transformation avec l’objectif d’atteindre 50% de la production transformée dans le pays d’ici à 2020.

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But how did Ivory Coast become the world leader in cocoa production? Originally from Latin America, cocoa – or Theobroma, “food of the gods” in latin – was largely produced by Venezuela for a long time. It is only in the early 19th century that the plant was introduced in Africa, in the São Tomé-et-Principe islands. It then reached Central and West Africa. During the 20th century, European demand for chocolate explodes. Africa soon becomes takes the lead in cocoa production with 200 000 tons in 1921 and the Gold Coast (Ghana) is the main producer. Ivory Coast struggles to increase its production and remains at 55 000 tons in 1939. However, five years later, the farmer and future President Félix Houphouët-Boigny creates a farmers’ union. The efforts of this union, as well as new infrastructures in the country, allow cocoa production to reach 300 000 tons at the Independence (1960) and to exceed Ghana’s production in the 1970s. Still far from the nearly two million tons produced by Ivory Coast in 2017…

Mais comment la Côte d’Ivoire est-elle devenue leader dans la production de cacao ? Originaire d’Amérique du Sud, le cacao – ou Theobroma, « nourriture des dieux » en latin – a longtemps été largement produit au Venezuela. Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que la plante a été introduite en Afrique, dans les îles São Tomé-et-Principe, pour gagner ensuite l’Afrique centrale et de l’Ouest. La demande européenne explose. L’Afrique passe bientôt en tête de la production avec 200 000 tonnes en 1921 et la Gold Coast (Ghana) est le plus important producteur. La Côte d’Ivoire peine à augmenter sa production et stagne à 55 000 tonnes en 1939. Mais cinq ans plus tard, le planteur et futur Président Félix Houphouët-Boigny crée un syndicat agricole. Les efforts de ce syndicat ainsi que le développement des infrastructures dans le pays vont permettre à la production d’atteindre 300 000 tonnes à l’Indépendance (1960), puis de dépasser la production ghanéenne dans les années 1970. Encore loin des presque deux millions de tonnes que la Côte d’Ivoire a produites en 2017…

 

We hop on our bikes to drive back to the cocoa producer cooperative my colleague is visiting. Among the twenty-ish cooperatives we meet during the week, I am impressed by the different programs they have been implementing. Encouraged by subsidies paid by certification bodies and chocolate makers, cooperatives promote children education, offer training for entrepreneurship and access to microcredit, develop programs dedicated to women’s activity. These cooperatives seem to be holding an important place in their community, economically as well as socially.

 

Nous reprenons les motos pour rentrer à la coopérative de producteurs de cacao que mon collègue est allée visiter. Parmi la vingtaine de coopératives que nous rencontrons au cours de la semaine, je suis frappée par les programmes qu’elles mettent en place. Encouragées par les subventions reversées par les organismes de certification et les chocolatiers, les coopératives encouragent l’éducation des enfants, proposent des formations à l’entrepreneuriat et l’accès au microcrédit, ou encore développent des programmes dédiés à l’activité des femmes. Ces coopératives semblent tenir une vraie place dans leur communauté, à la fois économiquement et socialement.

 

Ivorian Cocoa // Cacao Ivoirien #2

We finally arrive at the heart of a cocoa plantation. Cocoa trees planted at equal distance from one another over dozens of meters. We are in July and the small harvesting season ended a few weeks ago. The big season will start in October although production will be at its maximum in December and January. However, one guesses that cocoa trees do not wait for harvesting periods – set up by humans – to produce pods. Therefore, while most trees have smooth barks, flowers continue to blossom and pods to grow on a few trees.

Nous arrivons finalement au coeur d’une plantation de cacao. Des cacaoyers plantés à distance égale les uns des autres et ce, sur des dizaines de mètres. Nous sommes en juillet et la petite saison de récolte de cacao s’est terminée il y a quelques semaines. La grande récolte, elle, débutera en octobre, bien que la production sera à son maximum en décembre et janvier. Pour autant, on se doute que le cacaoyer n’attend pas les périodes de récoltes – déterminées par l’homme – pour produire des cabosses. Ainsi, bien que la plupart des arbres soient lisses de toute cabosse, certains font éclore des fleurs et pousser quelques fruits.

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A cocoa tree and his pods // Un cacaoyer et ses cabosses

The development of a cocoa pod starts with flowers. Cocoa tree flowers appear directly on the tree’s bark, dozens or hundreds of them. Grouped in “floral pads”, they are white and small with a diameter of one of two centimeters. Less than 5% of these flowers are pollinated in order to evolve into a the first stage of a pod. Again, most of these young pods dry up and die before three months.This mecanism is set up by the tree to auto-regulate the number of pods it will have to support.

Five to six months pass and the pod reaches its final size : about twenty centimeters long, 300 to 500 grams and containing thirty to fifty beans. Depending on the species, the pod will have a different color: generally yellow, orange or dark red. Ivory Coast is trying to implement a new cocoa species nicknamed “cacao mercedes”. But until now most plantations remain a mix of different species gleaned here and there. However, plantations are aging – their production starts to decrease after 25 years – and renewing them is an important issue at the moment.

Le développement d’une cabosse commence par l’apparition de fleurs. Les fleurs du cacaoyer poussent directement sur le tronc de l’arbre, par dizaines voire centaines. Regroupées en “coussinets floraux”, elles sont blanches et petites, d’environ un ou deux centimètres de diamètre. Moins de 5% de ces fleurs sont pollinisées pour évoluer en chérelles, la première étape d’une cabosse. Là encore, la plupart des chérelles vont s’atrophier et mourir avant trois mois. Ce mécanisme est mis en place par l’arbre, dans une forme d’auto-régulation pour limiter le nombre de fruits qu’il aura à porter.

Au bout de cinq à six mois, la cabosse atteint sa taille définitive : une vingtaine de centimètres de long, 300 à 500 grammes et contenant trente à cinquante fèves. Selon l’espèce, la cabosse aura une couleur différente, généralement jaune, orangée ou rouge foncé. La Côte d’Ivoire essaie de développer une espèce de cacao particulière, surnommée “cacao mercedes”. Mais jusqu’à maintenant, la plupart des plantations sont encore un mélange d’espèces différentes, glânées chez l’un chez l’autre. Néanmoins, les plantations vieillissent – les arbres produisant jusqu’à environ ving-cinq ans – et leur renouvellement est une problématique importante à l’heure actuelle.

The farmer accompanying me opens a pod with his bush knife and I learn that beans are surrounded by edible white pulp. We keep walking until we enter a field school where farmers are trained about good agricultural and environmental practices. One of the farmer’s major difficulties s to employ workforce. Farmers are aging and more and more young people go to the city and do not want to work in cocoaculture. Another issue is the access to phytosanitary products. While the farmer is encouraged to produce increasingly more, products are expensive and it can be complicated to buy them when one lives in a remote area. I cannot help but ask my colleague about what will happen when cocoa buyers will ask farmers to make organic cocoa in ten or twenty years from now… My remark makes him laugh but he does not have an answer.

Le planteur qui m’accompagne ouvre une cabosse à l’aide de sa machette et j’apprends que les fêves sont entourées de pulpe comestible. Nous continuons notre chemin jusqu’à un champ école, dans lequel sont formés les planteurs aux bonnes pratiques agricoles et environnementales. L’une des principales difficultés du planteur est l’emploi de main d’oeuvre. Les producteurs vieillissent et beaucoup de jeunes partent en ville et ne souhaitent pas travailler dans la cacaoculture. Une autre problématique est celle de l’accès aux produits phytosanitaires. Alors que le planteur est poussé à produire plus, les produits sont chers et il peut être difficile de les acheter quand on vit loin des villes. Je ne peux m’empêcher de demander à un collègue ce qu’il se passera, dans dix ou vingt ans, quand les acheteurs demanderont aux planteurs de produire du cacao biologique… Cela le fait rire, mais il n’a pas de réponse à me donner.

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Rice field beside the plantation // Champ de riz en contre-bas de la plantation

Cocoa is also disturbed by climate change. Those to whom I mention the issue seem worried. “Nowadays, it rains when cocoa needs sun and it’s sunny when cocoa needs water”, sums up a colleague. It appears that it has been raining even more than in the past. Unfortunately, cocoa trees are very sensitive to climatic conditions. A report on the economic situation in Ivory Coast forecasts that an increase in the temperature will reduce land’s fertility. The South-East part of the country will be less and less favorable to cocoa production and farmers will need to move to a higher altitude.

Le cacao est aussi fortement perturbé par le changement climatique. Ceux à qui j’en parle sont inquiets. “Il pleut quand le cacao a besoin de soleil ; il fait chaud quand le cacao a besoin d’eau”, résume un collègue. Il semblerait qu’il pleuve même davantage que par le passé. Or, le cacaoyer est un arbre particulièrement sensible aux conditions climatiques. Un rapport sur la situation économique en Côte d’Ivoire prévoit que l’augmentation de la température rendra les terres moins fertiles. La partie Sud-Est du pays sera de moins en moins favorable à la production de cacao et les planteurs devront se déplacer à une altitude plus élevée.

People explain to me that pods are opened right after harvesting: they remove the beans and let them ferment for a few days. The pulp liquefies and turns into vinegar while the bean starts to develop its famous aroma. Beans are then cleaned and spread out to dry under the sun for two weeks. If the drying process is too quick, beans become acid ; if it is too slow, beans get mouldy.
After this operation, cocoa is put in bags, brought to the cooperative then sold to export companies.

On m’explique que les cabosses sont “écabossées” sitôt cueillies : on en sort les fèves que l’on laisse fermenter pendant quelques jours. La pulpe se liquéfie et se transforme en vinaigre, et la fève comme à développer son arôme si particulier. Les fèves sont ensuite nettoyées et mises à sécher au soleil sur des claies pendant une quinzaine de jours. Si le séchage est trop rapide, la fève devient acide ; s’il est trop long, la fève moisit.
Après cette opération, le cacao est mis dans des sacs, apporté à la coopérative puis vendu à l’entreprise exportratice.

To be continued.

A suivre.

Ivorian Cocoa // Cacao Ivoirien #1

It is past noon. We arrive in a new cooperative, two hours late. Everybody seems ok with it and people are happily waiting for us. Many of them arrived as soon as 6am. Why? I do not know.
We are introduced in the president of the cooperative’s office and we sit. According to Ivoirian traditions, we wait patiently for everyone to sit. We are offered water. And the man who is welcoming eventually says:
“- Good arrival. What are the news?”
Finally, we can announce the object of our visit.
“- We have good news. We came to […].”
Il est midi passé. Nous arrivons dans une nouvelle coopérative, avec deux heures de retard. Personne ne semble s’en formaliser et on nous attend tranquillement. Beaucoup de nos ceux que nous souhaitons rencontrer sont arrivés dès six heures du matin. Pourquoi ? Je ne sais pas.
On nous introduit dans le bureau du président de la coopérative et nous nous asseyons. Comme le veut la tradition en Côte d’Ivoire, nous attendons patiemment que chacun s’assoit. On nous offre de l’eau. Et celui qui nous accueille prononce enfin :
“- Bonne arrivée. Quelles sont les nouvelles ?”
Dès lors, nous pouvons annoncer l’objet de notre visite.
“- Les nouvelles sont bonnes. Nous sommes venus pour […].”

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Cocoa nursery // Pépinière de cacao

A few moments later, my colleague comes to you. “Would you like to go see what a cocoa plantation looks like? It’s about fifteen kilometers away, you’ll have to go on a motorbike.”
I accept the offer immediately and here we go, flying from hole to hole, getting splashed a few times as we come across mud puddles.
After several days stuck in a car, the bike gives me a fantastic feeling of plenitude and freedom. All my senses are awakened. I carefully observe the multiple camps we pass by and I can finally breathe the air of the ivorian countryside – the “bushland” as they call it in Abidjan.
A few kilometers later, we stop a first time. One of my colleagues explains that we are in front of a banana nursery. Under a plastic tarp maintained by wooden pillars, hundreds of young banana trees are slowly growing. A dozen meters further, we get into a cocoa nursery. Here, thousands of young cocoa trees waiting to be transplanted in the next few days. Dispatching them to dozens of cocoa producers is going to be a complicated task…
Peu après, mon collègue vient à moi. “Ça te dit d’aller voir à quoi ressemble une plantation de cacao ? C’est à une quinzaine de kilomètres, il faudra y aller en moto.”
J’accepte immédiatement et nous voilà partis, cahotants sur la piste de terre rouge, éclaboussés de temps à autre quand nous roulons dans une flaque.
Après plusieurs jours coincée dans une voiture, la moto me procure un sentiment de plénitude et de liberté fantastique. Tous mes sens sont en éveil, j’observe attentivement les campements que nous traversons et je respire –  enfin – l’air de la campagne ivoirienne, la “brousse” comme on l’appelle à Abidjan.
Après quelques kilomètres, nous nous arrêtons une première fois. L’un de mes acolytes m’indique que nous sommes devant une pépinière de bananiers. Sous une bâche plastique, posée sur une armature en bois, des centaines de pieds de bananier poussent tranquillement. Quelques dizaines de mètres plus loin, nous nous trouvons cette fois devant une pépinière de cacaoyers. Des milliers de jeunes pieds, qui attendent d’être plantés dans les prochains jours. Leur acheminement à quelques centaines de planteurs s’annonce délicat…

 

Dubbed “the Cocoa Republic” and providing 40% of the world production, Ivory Coast is the first cocoa producer in the world. Ghana, 2nd in the ranking, produces half less. According to the World Bank, cocoa production accounts for 10% of the ivorian GDP.
In 2017, Ivory Coast almost reached a production of two millions tons, an upsetting number for the actors of the cocoa industry. A bigger production means prices go down – once again. For a few years already, the price of cocoa has been decreasing.
Ten years ago, there were about 600 000 cocoa farmers in Ivory Coast. A plantation has an average size of one or two hectares with a yield rate of 500 to 600 kilograms per hectare. The producer gets about 5% of the final price. And last figure but not the least: cocoa industry provides a revenue to 4 millions people in Ivory Coast, which is equivalent to a sixth of its population. In this context, one understands how a drop of cocoa prices can have terrible consequences for farmers.

Surnommée la “République du cacao” et à l’origine de 40% de la production mondiale, la Côte d’Ivoire est le premier producteur de cacao dans le monde. Le Ghana, au deuxième rang, produit moitié moins. Selon la Banque Mondiale, la production de cacao compte pour 10% du PIB ivoirien.

En 2017, la Côte d’Ivoire a presque atteint une production de deux millions de tonnes, un chiffre record qui a inquiété les acteurs de l’industrie cacaoyère. Une plus grande production, ce sont des prix qui baissent – une nouvelle fois. Depuis plusieurs années déjà, le cours du cacao tend à baisser.
On comptait, il y a 10 ans, environ 600 000 planteurs de cacao. Une plantation a le plus souvent une taille d’un ou deux hectares, avec un rendement de 500 à 600 kilogrammes par hectare. Un planteur reçoit en moyenne 5% du prix final du cacao. Et dernier chiffre non négligeable : l’industrie du cacao fait vivre quatre millions de personnes en Côte d’Ivoire, c’est-à-dire un sixième de la population. Dans ce contexte, on comprend qu’une baisse du prix du cacao peut avoir des conséquences très problématique pour les producteurs.

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Termite mound // Termitière

We hop back on the motorcycles to go to the plantations we want to visit. We arrive in a village where families are gathered under an awning to share lunch. The farmer accompanying us enters  his house to get his machete then we make our way to the plantation. As we are walking, we come across termite mounds, pineapples and yam fields. A colleague points a native tree species. From what I remember, there should be eighteen indigenous trees per hectare. An attempt to renew the forest diversity in Ivory Coast. An arduous task when one knows that the country had more than sixteen million hectares of forest in 1963 and it only remains less than three million.
Nous reprenons les motos pour aller, cette fois, jusqu’aux plantations que nous avons prévu de visiter. Nous parvenons à un village. Les familles sont rassemblées sous un même cabanon pour, semble-t-il, partager le déjeuner. Le planteur qui nous accompagne passe chez lui pour prendre sa machette, et nous partons vers sa plantation. En chemin, nous croisons termitières, plantations d’ignames et ananas. Un collègue me montre une espèce d’arbre native. D’après mes souvenirs, il faut dix-huit arbres indigènes par hectare. Une tentative pour renouveller la diversité forestière ivoirienne. Une tâche ardue quand on sait que le pays comptait plus de seize millions d’hectares de forêt en 1963 et qu’elle en compte aujourd’hui moins de trois millions.
To be continue.
A suivre.

Ivorians Roads // Routes ivoiriennes

We’re driving. Or more precisely, we are zigzaguing between holes and puddles. I find ivorian countryside beautiful. Its luxurious flora is of course very different from french nature. Among other cultures, we find banana trees, teak, rubber and cocoa trees, oil palm plantations… Roads are sometimes paved, sometimes simple red soil paths. Many camps are settled on the side of the road. The zouglou music of Yode & Siro runs in a loop in the car, top volume.

On roule. Ou plutôt, nous zigzaguons entre les trous et les flaques. Je trouve la campagne ivoirienne très belle. La végétation est bien sûr très différente de la végétation française : sont cultivés, entre autres, bananiers, tek, plantations d’hévéas, cacaoyers, palmiers à huile… Les routes sont tantôt goudronnées, tantôt de simples pistes de terre rouge. De nombreux campements bordent la route. La musique zouglou de Yode & Siro tourne en boucle dans la voiture, à plein volume.

“Here, there a zone that was evacuated by farmers and their families, two or three months ago”. About a hundred square kilometers, reclaimed by a business woman that inherited the land. Inhabitants were forced to abandon their plantations and destroy their homes. Since then, nobody has been taking care of heveas nor cocoa trees.

Property rights are complex in Ivory Coast. If laws exist, in particular regarding private property, they are rarely implemented. It is common to see owners that do not have any proof of their property right, such as a bill of sale. And it is also common to buy, unknowingly a land that already belongs to someone else. When a litigation happens, it is often the most powerful party who wins.

“Ici, c’est une zone qui a du être évacuée par les planteurs et leurs familles, il y a deux ou trois mois.” Une centaine de kilomètres carré, que s’est réappropriée une femme d’affaires qui avait hérité ces terrains. Les habitants ont été forcés d’abandonner leurs plantations et de détruire leurs maisons. Depuis, personne ne s’occupe plus des hévéas ni des cacaoyers.

Le droit de propriété est complexe en Côte d’Ivoire. Si des lois existent, notamment sur la propriété privée, leur application est difficile. Il est courant que des propriétaires ne possèdent pas d’acte de vente ou autre élément prouvant la propriété. Il n’est pas rare non plus d’acheter, sans le savoir, une propriété appartenant déjà à quelqu’un d’autre. Et en cas de litige, c’est souvent le plus puissant qui gagne.

Suddenly, a policeman whistles and indicates us to pull over.

“- Good morning, Authority.

– Hello. Vehicle documents please.”

We just arrived at one of these numerous police checks. Five in two days for us. We present the vehicle documents and the driver’s license. Sometimes, the policeman seems hesitant when he notices me. Is he wondering if he can be looking for problems with a white woman? Of course, in case of infraction, no paper is given to the driver to prove that the fine was paid. One should be in good standing to avoid paying, every time, a few thousands francs.

Soudain, un policier siffle et nous indique de nous garer sur le côté.
“- Bonjour Autorité

– Bonjour. Papiers du véhicule s’il vous plaît.”
Nous venons d’arriver devant l’un de ces énième contrôles de police. Le cinquième en deux jours pour nous. Nous présentons les papiers de la voiture et le permis du conducteur. Parfois, le policier hésite en me voyant. Se demande-t-il s’il peut chercher des noises à une Blanche ? Évidemment, en cas d’infraction, aucun papier n’est remis pour prouver que la contravention a été payée. Autant dire qu’il vaut mieux être en règle pour éviter de payer, à chaque fois, quelques milliers de francs.

A few moments later, and as if to counterbalance the expulsion of hundreds of inhabitants I mentioned above, we come across the “most beautiful village in Ivory Coast”. Administered by an important CEO, this village has all the necessary facilities and infrastructures: running water, electricity, roads in good shape and even speed bumps – as if it was necessary on such a dented road. Besides, each young person in the village is given a minimum of two hectares of rubber trees to cultivate.

Un peu plus tard, et comme pour contrebalancer l’expulsion de centaines d’habitants de leurs plantations un peu plus tôt sur la route, nous traversons le “plus beau village de Côte d’Ivoire”. Administré par un important chef d’entreprise, ce village dispose de toutes les infrastructures nécessaires : eau courante, électricité, routes en bon état et même des dos d’ânes – comme s’il fallait en rajouter sur une route déjà bien cabossée. Et chaque jeune du village reçoit a minima deux hectares d’hévéa à cultiver.

The night falls, the rain is pouring and makes little foggy clouds as it touches the road, still burning from today’s sun. Several times, we pass by cars stopped on the side of the road, apparently broken down. “We’ve seen and heard many times about criminals on the side of the roads. Now nobody stops at night to help those who actually need assistance”. Thus stopping is out of question to avoid robbing.

La nuit tombe, la pluie est diluvienne et crée des nuages de brouillard quand elle tombe sur la chaussée encore brûlante du soleil. Nous dépassons plusieurs fois des voitures arrêtés sur le bord de la chaussée, manifestement en panne. “À force de voir des malfaiteurs sur le bord des routes, plus personne ne s’arrête pour venir en aide à ceux qui sont véritablement en panne”. Pas question de s’arrêter, donc, au risque de se faire piller.

Being back // Être de retour

Vannes, 6:10AM. I get on a long distance bus to go visit friends in Maastricht. A seventeen-hour journey, including a stop in Paris, that does not bore nor worry me.

It has been nearly a week since I came back in France after five months spent between India, Nepal and Sri Lanka. There, I have learned to know long bus rides and even to appreciate them. And today, the bus is heated, comfortable, equipped with electric plugs, WiFi and washrooms. It is silent; its windows can be closed entirely and it runs on a smooth, holes-free road. Passengers speak with a quiet voice and no huge speaker plays new songs at full volume.

Luckily, the bus departs thirty-minutes late. Amusing reminder of the past months when I could enjoy the relativity of South-Asian timings.

I go to the washroom and I can only be impressed by how clean they are. It is white, it smells good and the lock is functional. I think I could spend hours in there.

Vannes, 6h10 du matin. Je monte dans un bus grande ligne pour me rendre chez des amis à Maastricht. Un voyage de dix-sept heures, dont une escale à Paris, qui ne m’ennuie pas ni ne m’inquiète.

Voilà à peine une semaine que je suis rentrée en France, après cinq mois passés entre l’Inde, le Népal et le Sri Lanka. Les longs voyages en bus, j’ai appris à les connaître, voire à les apprécier. Et ce bus là est chauffé, confortable, équipé de prises, de WiFi et de toilettes. Il est silencieux, ses fenêtres se ferment complètement et il évolue sur une route lisse et sans chaos. Les passagers parlent à voix basse et aucun haut-parleur démesuré ne diffuse les nouveaux tubes à plein volume.

Heureusement, nous partons avec une demi-heure de retard. Cocasse rappel de ces derniers mois tout au long desquels j’ai pu apprécier la relativité de l’horloge sud-asiatique.

Je passe aux toilettes et ne me lasse pas de leur propreté. C’est blanc, ça sent bon et le verrou fonctionne. Je crois que je pourrais y passer des heures.

On the path to the Annapurna // Sur le chemin de l’Annapurna

Being back is all about fleeting moments and emotions. Behind me, a black hole lasting five months. My mind has not realized yet; the gap between “here” and “there” is so big, too big to be comprehended. I evoke a few anecdotes, some memories. People ask, brutally almost: “So, how was it?” – and me replying “It was great, amazing!”.

Or should I be telling them, discoveries, questioning, meetings, risks, pure and sincere joys, unexpected experiences, reliefs, arguments, stress, frustration, nature, colors? I remain silent and quickly we change the topic. I do not know how to speak about this journey.

It is a constant push and pull. The joy of being back and its inconceivability. The “there” that I miss viscerally. Everything is in order here and my mind is idling. I have left incessant and stimulating chaos. I have lost what had become, somehow, my home and a little piece of who I am.

Le retour, ce sont des instants fugaces. Derrière moi, comme un trou noir de cinq mois. Mon esprit n’a pas encore réalisé ; le fossé entre “là-bas” et “ici” est si grand, trop grand pour que je puisse l’intégrer. J’évoque quelques anecdotes, quelques souvenirs. On m’interroge, presque brutalement : “Alors, c’était bien ?” Et moi de répondre : “Oui, vraiment, c’était top !”

Ou devrais-je leur dire, les découvertes, les remises en question, les rencontres, les risques, les joies pures et sincères, les innatendus, les soulagements, les disputes, le stress, la frustration, la nature, les couleurs ? Je reste silencieuse et vite nous changeons de sujet. Je ne sais pas parler de ce voyage.

C’est un tiraillement constant. La joie de revenir et son incompréhension. Le “là-bas” qui me manque, viscéralement. Tout est en ordre, ici, et mon esprit est comme au ralenti. J’ai quitté le chaos incessamment stimulant. J’ai perdu ce qui était devenu, un peu, ma maison, un petit bout de moi.

Arrival in New Delhi, five months earlier // Arrivée à New Delhi, cinq mois plus tôt

Somewhat unconsciously, I sit on my seat with thick woolen socks, a pillow and a yak-wool blanket. I cower to warm myself up. Here, it feels a bit like home, back in one of these unbearable buses.

Un peu inconsciemment, je m’installe sur mon siège avec de grosses chaussettes de laine, un oreiller, une couverture en poils de yack. Je me recroqueville pour me réchauffer. Là, je me sens un peu chez moi, de retour dans un de ces bus insupportables.